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    1. Les Judéo-chrétiens Anglo-saxons

On la désigne souvent comme étant la Bible des Lollards, du nom de ces prêtres pauvres fréquemment considérés comme hérétiques parce que leur zèle les poussait à prêcher en Angleterre, un christianisme entièrement fondé sur les Saintes Écritures. De fait, ils joueront un rôle déterminant dans la véritable révolution nationaliste et anticléricale lancée par le roi anglais Henri VIII. Leur militantisme est la marque même de l’immense succès populaire que va connaître la Bible au sein de la société britannique dans le sillage de la Réforme. C’est aussi la clé du profond enracinement du mouvement puritain dont ils sont les précurseurs et de son développement tenace malgré les persécutions subies sous Élisabeth 1ère  et ses successeurs. Le puritanisme, apparu vers 1564 pendant le règne d’Élisabeth, constitue en quelque sorte le noyau dur du protestantisme, pur produit de la Réforme qui aspire à un retour vers l’Église primitive, ce qui implique un attachement inébranlable aux principes de démocratie et d’opposition à l’absolutisme formulés dans l’Ancien Testament. Quant aux Puritains, dont l’activisme religieux se manifeste sous le règne d’Élisabeth par l’organisation d’innombrables réunions d’endoctrinement où ils visent à propager leurs idées à l’instar des Prophètes d’Israël, ils suscitent l’hostilité de la reine et ses persécutions. Celles-ci se poursuivront et même s’amplifieront sous Jacques Ier car à la dimension religieuse du puritanisme va désormais s’ajouter une certaine forme de subversion face à l’Église officielle telle que la veut le souverain. Cette attitude, qui ne fera que s’aggraver encore quand Charles Ier montera sur le trône, évoluera vers une volonté de confrontation politique laquelle culminera en 1649 avec l’exécution du roi et la Révolution dite puritaine qui marque le triomphe des « saints ».

Ceux-ci, déjà pénétrés en Angleterre de l’enseignement de Jean Calvin, avaient adopté une vie religieuse dépouillée et strictement fondée sur les Saintes Écritures. C’est dans l’Ancien Testament qu’ils ont principalement puisé leurs principes de conduite et les fondements de leur croyance, faisant des Hébreux leurs modèles, s’inspirant de leur histoire et de leur relation à la divinité. L’Alliance contractée par Dieu avec Noé, puis avec Abraham et ensuite scellée au pied du Sinaï avec les douze Tribus fraîchement sorties d’Égypte, répétée dans les plaines de Moab et au mont Horeb avant d’être rappelée à l’envi dans les Psaumes et par les Prophètes, les Puritains la font leur jusqu’à se considérer comme le peuple élu et bien des pasteurs ne manqueront pas de bâtir leurs sermons sur ce thème.

La culture hébraïque, si elle a contribué à façonner la civilisation dite judéo-chrétienne du Vieux Monde, est en effet la source à laquelle s’est abondamment abreuvé le Nouveau Monde dès la création des premières colonies en Nouvelle-Angleterre et qui demeure un élément structurel de sa pensée. L’hébreu lui-même, langue pieusement vénérée et étudiée par les premières générations d’immigrants et leurs guides tant spirituels que politiques, a laissé des traces profondes dans la société américaine. Les plus érudits parmi eux, souvent des théologiens descendant de brillants hébraïstes anglais généralement diplômés de l’université de Cambridge, n’ont cessé de se passionner pour la Torah de Moïse, mais aussi pour les prophètes d’Israël et ses hagiographes, voire pour la littérature rabbinique. Tout comme en Angleterre, l’enseignement de l’hébreu a été dès les premiers temps mis au programme des universités, preuve de l’importance que lui accordaient les Pères de la nation américaine.

C’est ainsi qu’aujourd’hui la nation américaine se trouve profondément marquée par cette longue imprégnation et l’on ne saurait donc être surpris de constater que les États-Unis, souvent appelés à leur naissance l’Israël américain, soient de nos jours le meilleur ami et allié de l’État d’Israël, lui aussi impressionnant creuset d’immigrants mais, surtout, porteur de tant de valeurs similaires.

C’est dans ces conditions que l’apparition de la version anglaise instituée par Henri VIII puis de celle préparée sous les auspices de Jacques Ier va produire l’effet d’une véritable révélation dans l’univers spirituel du royaume. Chemin faisant, les Anglais découvrent ainsi avec enthousiasme les origines premières de leur foi dans les livres de la Bible hébraïque et s’y plongent avec intérêt et avidité. Ils prennent ainsi connaissance des rigueurs de la Loi mosaïque, de l’histoire passionnante et tumultueuse du peuple de Dieu, des personnages exemplaires qui le guidèrent, du message sublime de chacun de ses Prophètes et, enfin, des modèles de piété et de sagesse offerts par les Hagiographes. Bien des Anglais y voient le reflet de leur propre destin, eux qui tendent à se considérer comme le peuple élu et estiment partager avec lui de nombreuses particularités. C’est un fait,  la Bible devint ainsi l’autorité théologique principale des Puritains et fit d’eux les représentants directs de la Réforme au sein de l’Église d’Angleterre. Ils acceptèrent la nouvelle version anglaise de la Bible dans son sens le plus littéral. Elle modela leur discours, leurs pensées et leur vie. Chaque allusion, chaque précepte ou chaque sentiment biblique devenait un commandement divin et une règle de vie.

Il est évident que les « saints » se comportent comme des soldats de Dieu qui se sont donné pour mission de bâtir une société organisée selon les principes de la Bible, en conformité avec la vision messianique des Prophètes. C’est bien ce que déclare Christopher Hill : « De nombreux puritains s’estimaient être le peuple élu et la confiance qu’ils plaçaient dans les textes de l’Ancien Testament est notoire. « Judaïser » signifiait, entre autres, qu’on se tournait avec nostalgie vers les coutumes et les traditions d’une société tribale, encore relativement égalitaire et démocratique.

En cette première moitié du XVIIe siècle, les Puritains étaient tellement marqués par la Bible hébraïque que, nous l’avons vu, nombre d’entre eux s’étaient mis à se « judaïser », c’est-à -dire non seulement à apprendre l’hébreu, mais encore à observer spontanément un certain nombre de rites mosaïques incluant parfois la circoncision et les lois alimentaires ; plus souvent et de façon plus symptomatique, ils s’attachaient à respecter le shabbat, même s’ils le célébraient le dimanche.

John Stevens déclarera même sans détours lors d’un sermon qu’il prononce dans une église du Massachusetts : « Ce qu’on appelle l’Église chrétienne n’est qu’une continuation et une extension de l’Église juive. » A la fin du XVIIe siècle, lors d’un rassemblement tenu le 26 mai 1698 à Boston, les pasteurs s’accordent à confirmer que l’Église puritaine continuait à fonctionner dans le cadre de l’Alliance vétérotestamentaire. C’est donc sans surprise aucune que politique et religion se trouveront intimement associées dans la bouche de : « Ezra Stiles, président de Yale College et ami de toujours de Ben Franklin, qui prononça un sermon d’élection mémorable le 8 mai 1783 devant l’Assemblée générale du Connecticut. Stiles fit l’historique de la théorie du gouvernement depuis la République hébraïque jusqu’au temps présent afin de prouver que l ’ “ Israël américain ” représentait l’apogée du gouvernement populaire et la réalisation de la prophétie biblique. Il se disait certain que l’expérience démocratique hébraïque prophétisait la prospérité et la splendeur futures de l’Amérique. » Nous verrons plus tard que les constitutions de la Franc-maçonnerie 1717 sont essentiellement une construction judéo-chrétienne  puritaine avec les pasteurs Anderson et Désaguliers. 

Puritains d'Amérique

  1. Source : "Moïse à Washington : Les racines bibliques des Etats-Unis" d'Ifrah Lionel
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    1. Les millénaristes judéo-chrétiens

Bien des penseurs qui s’attachent à sonder la suite des temps et, plus souvent, la fin des temps, ne cessent d’interroger deux livres bibliques, l’un hébraïque, l’autre chrétien, qui fascinent tout particulièrement les théologiens de cette génération : le livre de Daniel et son pendant néotestamentaire, l’Apocalypse de Jean. Le premier, composé vers l’an 165 avant notre ère, raconte d’abord les rêves étranges du roi de Babylone et l’interprétation prophétique qu’en donne Daniel, puis les visions messianiques de ce dernier centrées sur l’effondrement successif des quatre monarchies ( symbolisées par quatre bêtes terrifiantes ) qui ont dominé le peuple juif et doivent laisser place à l’instauration de la « Cinquième Monarchie », définitive, celle d’Israël.

Nombreux seront les exégètes qui chercheront à percer le sens caché de ces messages ésotériques et, surtout, à les déchiffrer pour les traduire en termes d’histoire contemporaine. Pour leur part, les Puritains estiment être les saints élus pour régner avec le Christ pendant mille ans comme le prédit la Révélation de Jean et appellent donc de tous leurs vœux cette ère bénie. Ainsi naîtront diverses sectes millénaristes qui militeront activement contre Charles Ier, souvent vu comme l’Antéchrist, et iront renforcer les troupes de Cromwell. Se développera alors un mouvement extrémiste des plus originaux, celui des Quinto Monarchistes, qui cherche à hâter la venue de la Cinquième Monarchie annoncée par Daniel, lequel, tout à la fin de sa prophétie, en révèle, non pas la date, mais la façon, fort énigmatique, de la calculer ( 11 : 11-12 ). Cette Cinquième Monarchie, qui doit abolir et remplacer toutes les monarchies du monde, consacrera, selon Daniel, le triomphe définitif du royaume d’Israël, que les Quinto Monarchistes interprètent, quant à eux, comme étant celui, tout proche, du Christ.

Thomas Brightman ( 1562-1607 ) qui, dans un ouvrage magistral intitulé « A Revelation of the Revelation » ( Apocalypse de l’Apocalypse ) publié en 1615, reprend un à un tous les thèmes de l’Apocalypse de Jean, associant les premiers d’entre eux, chronologiquement, à des événements historiques marquants et lisant les suivants comme étant des prophéties annonçant la chute de Rome, la conversion des Juifs et l’anéantissement des Turcs. Il consacrera une autre de ses œuvres, A Most Comfortable Exposition … of the Prophecies of Daniel (Une explication fort réconfortante … des prophéties de Daniel) édité en 1635, à un commentaire du livre de Daniel qui prédit, selon lui, la destruction des ennemis du peuple juif, le retour triomphal de celui-ci à Jérusalem et la constitution d’une Église judéo-chrétienne en Terre sainte.

En conséquence de ce vaste débat et de ses multiples implications, la « question juive » se trouvera, ipso facto, propulsée au cœur de la vie politique britannique même si, spirituellement, et depuis longtemps déjà, il était clair aux yeux des Puritains que leurs propres espérances eschatologiques étaient inextricablement liées à celles des Juifs. Les Écritures n’affirment-elles pas que la Rédemption ne se produira que lorsque les douze Tribus de Juda et d’Israël, enfin réunies conformément aux promesses formulées par les Prophètes hébreux, seront rassemblées à Sion.

C’est dans le livre de Daniel que le concept de la Cinquième Monarchie prend sa source, se référant à la vision du prophète qui, après avoir décrit les quatre royaumes tyranniques (la Babylonie, la Perse, la Grèce et Rome) qui ont successivement opprimé le peuple d’Israël, annonce la chute de la dernière, laquelle sera suivie par l’édification du cinquième Empire, éternel celui-là, où régneront les « saints du Très-Haut ». Les Puritains adopteront très tôt cette appellation de « saints » et le militantisme des Quinto Monarchistes s’exacerbera sous Cromwell jusqu’à leur faire prendre les armes dans une tentative désespérée de hâter la survenue du Millénium. Aux yeux de John Cotton qui est un pasteur anglican puritain installé en Nouvelle-Angleterre, héritier de la tradition millénariste, Israël est le type de l’Église véritable par opposition à Rome, qui est le type de l’impie Babylone et est solidement confirmée par l’Apocalypse de Jean.

Le rabbin d’Amsterdam Menasseh ben Israël, interprétant la nouvelle fantastique de la présence de Juifs en Amérique comme étant une partie du processus messianique, demandera en 1650 à Cromwell d’autoriser ses coreligionnaires à revenir en Angleterre en vue de parfaire leur dispersion préalable à la Rédemption selon les termes du Deutéronome. C’est justement pour développer l’économie de son pays qu’Oliver Cromwell fait appel, en 1656, au rabbin d’Amsterdam, Menasseh ben Israël, véritable ambassadeur de ses frères européens. Leurs intérêts concordent : le Protecteur souhaite voir affluer à Londres les négociants et les financiers juifs de Hollande et notre rabbin, de son côté, cherche à obtenir de lui l’abolition de l’édit d’expulsion des Juifs signé par Édouard Ier en 1290. Le Protecteur convie le rabbin à Londres et organise une conférence des plus officielles à Whitehall pour débattre avec tous les corps constitués du pays de la réadmission des Juifs en Angleterre. Pour Menasseh, on le sait, la présence des Juifs en Angleterre est indispensable pour ouvrir ainsi l’ère messianique. Nous verrons plus tard que la Franc-maçonnerie est une union philosophique de millénarismes juifs et puritains. 

Source : "SION, SOURCE D'ESPÉRANCE ET CLEF DE LA RÉDEMPTION EN ANGLETERRE AU XVIIE SIÈCLE" de Lionel Ifrah

 

    1. Les Quinto-monarchistes

Peter van der Kun, latinisé en Petrus Cunaeus, né en 1586 à Flessingue et mort le 2 décembre 1638 à Leyde, est un philologue et jurisconsulte néerlandais. Considéré comme l’un des hommes les plus savants de son temps, il fut apprécié de Scaliger, Heinsius, Grotius, Casaubon, Baudius, Vulcanius, Drusius avec qui il était lié. Les langues savantes d’Orient et d’Occident lui étaient toutes également familières. La théologie, la jurisprudence, la philosophie et la politique exercèrent également son esprit épris de connaissances. Son ouvrage De Republica Hebraeorum est considéré comme « la plus puissante déclaration de théorie républicaine des premières années de la République néerlandaise. »

Les recherches de Cunaeus, qui a compté parmi les plus grands érudits chrétiens en textes juifs d’une génération comprenant Scaliger, Grotius, Vulcanius aux Pays- Bas, Johannes Buxtorf, père et fils en Allemagne et John Selden et Heinsius en Angleterre, s’inscrivent en plein pic de l’intérêt protestant pour les textes juifs à l’endroit de la politique et de l’autorité religieuse.

Cunaeus, qui correspondait également avec des savants juifs contemporains comme Manasseh ben Israël, est aujourd’hui surtout connu pour son ouvrage "De Republica Hebraeorum" (De la république hébreu) dans lequel il décrit l’ancien royaume hébreu comme un modèle de gouvernement républicain. Cet ouvrage très acclamé a connu au moins sept éditions entre 1617 et 1700, et été traduit en néerlandais, en français et en anglais . Il existait déjà une douzaine de livres et d’essais d’autres auteurs avec ce titre, mais l’ouvrage de Cunaeus s’en démarque par sa tentative originale de présenter l’État d’Israël à l’époque du Premier Temple, et surtout de la monarchie unifiée sous Saül, David et Salomon, comme modèle pratique pour les Provinces-Unies nouvellement indépendantes.

Cunaeus, qui était le principal expert de son époque sur Flavius Josèphe, considérait que la Bible constituait un modèle politique et juridique pour le fonctionnement d’un État indépendant. Pour lui, les Antiquités juives et Contra Apion de Flavius Josèphe, ainsi que la Mishneh Torah de Maïmonide, le Talmud et la Bible fournissaient les informations démontrant que l’État hébreu était supérieur aux États grecs ou romains. « Parce que son dieu était le vrai Dieu… l’État hébreu pouvait fonctionner comme archétype de la république idéale. Ses lois correspondaient à la loi naturelle, et son esprit social découlait directement de l’impératif divin de justice. Cet État ne fut ni une monarchie, ni une oligarchie, ni une démocratie, mais une république, dont le sénat – le Sanhédrin – et les magistrats, y compris les juges et les prêtres, appliquaient et exécutaient les lois divinement ordonnées dans des situations civiques ordinaires. »

La lecture par Cunaeus de l’État hébreu comme une république fédérale a directement influencé la formation du gouvernement de la République néerlandaise , même si la république que celui-ci imaginait n’était pas celle de l’homme ordinaire, mais une république modelée sur une république hébraïque ancienne imaginée dans lequel le Sanhédrin aurait été composée d’« hommes choisis non parmi les plébéiens, mais les plus nobles, sur leur honorable filiation, où les rois hébreux, étaient des monarques constitutionnels, redevables à l’Assemblée législative du pouvoir d’intervenir dans les affaires religieuses de la nation.

Cunaeus craignait que la république hollandaise ne connaisse, en conséquence de la belle vie et des querelles égoïstes entre ses dirigeants, le même destin qu’Athènes et Rome. Sa description d’une république hébraïque, où « les conseils de tous fournissent la sécurité à tous, et où les villes, qui étaient nombreuses, n’aient pas toutes pour seul but leur propre domination, mais utilisent toutes leurs efforts pour défendre la liberté publique » était destinée à servir de modèle à sa nation afin d’empêcher une telle calamité.

La République hébreu envisagée par Cunaeus était une communauté vertueuse de petits exploitants agricoles républicains. La fabrication et le commerce conduisant, selon lui, à toutes sortes de corruption morale, à l’effondrement du gouvernement républicain vertueux, la vertu étant assimilée à la simplicité matérielle, de petits exploitants agricoles et une répartition égalitaire des richesses . Cunaeus conclut son ouvrage sur un appel à la tolérance et la sympathie envers ses contemporains juifs.

Les hommes de la Cinquième Monarchie, ou Cinquièmes Monarchistes (Fifth Monarchy Men ou Fifth Monarchists en anglais) sont une faction idéologique de la Première Révolution anglaise, active de 1649 à 1661. Ils tiennent leur nom de leur croyance en la fondation prochaine d'un royaume planétaire par Jésus retournant sur terre. Ils estimaient que cette disparition définitive du pouvoir terrestre des êtres humains interviendrait en 1666, dont la combinaison numérique leur rappelait des passages de l'Apocalypse, dans la Bible. Les hommes de la Cinquième Monarchie adhéraient à une vaste théorie géopolitique, selon laquelle quatre autres hommes avaient déjà réuni le monde entier sous leur commandement, conformément aux prophéties du Livre de Daniel (2:44). Le texte en question relate un rêve prophétique du roi Nabuchodonosor II, et dans lequel les empires précédents sont identifiés comme étant ceux des Assyriens, des Perses, des Grecs et des Romains. Les Cinquième Monarchistes en déduisaient que le dernier empire serait établi par Jésus lui-même, revenant du ciel en tant que Roi des rois et Seigneur des seigneurs, et régnant avec ses saints pour un millier d'années. Les Cinquième Monarchistes se considéraient eux-mêmes comme ces saints qui allaient devoir assister Jésus. Parmi eux, on compte Thomas Harrison, Christopher Feake, Vavasor Powell, John Carew et John Rogers.

Prêchant le renversement violent du gouvernement pour instaurer le « règne de Jésus-Christ », le mouvement sous la direction de Thomas Venner complota vainement par deux fois contre le pouvoir en place : le premier complot se fit en 1657, et le second en 1661 sous la Restauration. La Cinquième Monarchie disparut après l'échec de 1661 sous la Restauration mais resta clandestine au travers de la Royal Society  et plus tard Franc-maçonnerie afin d’établir la République universelle.

Source : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Cinquième_Monarchie&oldid=185026279.

Source : "L’insurrection de Thomas Venner (1661) : anglicanisme et dissidence au défi des prophéties" d'Anne Dunan-Page.

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  1. La Royal Society

La Royal Society, dont le nom officiel est « Royal Society of London for the Improvement of Natural Knowledge » et que l'on peut traduire littéralement par « Société royale de Londres pour l'amélioration des connaissances naturelles », est une institution fondée en 1660 siégeant au Carlton House Terrace à Londres et destinée à la promotion des sciences.

Pour bien comprendre l’état d’esprit des francs-maçons qui rédigent les Constitutions, notamment le premier chapitre des «  Obligations  », il convient de rapprocher ce texte d’un autre, publié soixante années plus tôt, en 1662. Il s’agit de la charte de fondation d’une société académique qui se nomme Royal Society, la Société Royale. Voici ce texte : En ce qui concerne les membres qui sont appelés à constituer la société, il est à noter qu’ils ont librement admis des hommes de religions, de pays et de professions différentes. Ceci, ils étaient obligés de le faire sinon ils seraient demeurés bien en deçà de l’ampleur de leurs propres déclarations. Ils professent en effet ouvertement ne point poser les fondations d’une philosophie anglaise, écossaise, irlandaise, papiste ou protestante, mais bien une philosophie pour tout le genre humain. En familiarisant les hommes de tous les pays, ils ont posé le début de grands avantages pour l’avenir, car ils pourront ainsi établir une constante intelligence entre toutes les nations policées et faire de la Société Royale la banque générale et le port franc du monde. On constate que le texte des «  Obligations  » de la Constitution d’Anderson de 1723 reprend la même idée : réunir des personnes issues de nations, de religions et de professions différentes pour améliorer le genre humain et libérer la philosophie des dogmes religieux. À cette époque de tensions religieuses, des hommes travaillaient pour la paix et cette paix, ils la voyaient comme le fruit d’une réflexion partagée par tous, et non comme la victoire d’une nation et la suprématie d’une religion. En outre, ces hommes croyaient en la science et pensaient que le mal vient de l’ignorance. Un homme a fait le lien entre la Société Royale et la franc-maçonnerie. Son nom est Jean-Théophile Désaguliers (1683-1744). Né en France à La Rochelle, il avait deux ans lorsque son père, pasteur protestant, émigra en Angleterre à la suite de la Révocation de l’Édit de Nantes. Après des études à Londres, il devint ministre de l’Église anglicane.

Il devint franc-maçon, en 1717, et participa à la rédaction des Constitutions. L’influence de la Société Royale chez les francs-maçons est évidente.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Royal_Society

Source :  "Jean Théophile DÉSAGULIERS " du Frère Michel Baron

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  1. Isaac Newton

Isaac Newton, le père de la physique moderne, celui qui a démontré les lois de la gravitation universelle, qui a reçu une pomme sur la tête est celui qui a révélé au monde les principes de l’inertie, de la dynamique et de l’action/réaction, était en secret un admirateur du judaïsme, un pratiquant des sept lois de Noah. Si l’atmosphère religieuse des 16ème et 17ème siècles l’avait permis, Newton aurait certainement pu afficher ses convictions en public. Mais sa célébrité, et surtout le fait qu’il était un symbole national en Angleterre, en a décidé autrement, y compris après sa mort. Newton est né en 1643, et il est décédé en 1727 et était un membre fameux de la Royal Society de Londres. Après sa mort, ses proches mettent la main sur une caisse contenant des manuscrits; on sait que Newton aimait écrire. Il a d’ailleurs écrit près de 3600000 mots dans l’ensemble de ses lettres. Il ne publiait jamais le fruit de ses recherches immédiatement, d’où l’intérêt d’étudier le contenu de ces manuscrits. Le résultat de ces recherches va laisser les proches de Newton dans la confusion la plus absolue. Ils y découvrent tout simplement que le savant chrétien était en fait totalement fasciné par le judaïsme. Il avait même pris sur lui de pratiquer les sept lois de Noah, que tout non-juif se doit de pratiquer, d’après le judaïsme. Dès le début de sa vie, Newton a abandonné la foi chrétienne puritaine dans laquelle il avait été éduqué. Par son étude en profondeur des textes saints, il est arrivé à la conclusion que les idées fondamentales de la chrétienté, n’était que des imitations tardives. Du point de vue religieux, Newton croyait dans le monothéisme juif, selon les conceptions de Maïmonide.

Dans un de ces manuscrits, dans lequel il écrit des notes sur la guerre de Gog et Magog, la guerre qui permettra l’avènement du messie, il produit une preuve de son point de vue en s’appuyant sur une traduction araméenne de la meguilat Esther, sur des commentaires rabbi Saadya Gaon et de Even Ezra.  De l’étude de ces documents, il ressort clairement que Newton avait décidé de pratiquer les sept lois de Noah, et ce afin d’être en accord avec le monothéisme juif. Il y écrit notamment que l’interdiction de manger des animaux vivants, qui est une de ces sept lois, ainsi que l’interdiction de manger du sang, qui n’en fait pas partie mais qu’il prend quand même sur lui, sont destinées à amener l’homme à un état idéal. Newton était un marrane de l’Eglise Anglicane dont les dogmes diffèrent très peu de l’Eglise Catholique et  la loi qui interdisait de contredire les dogmes chrétiens, et qui ne sera abrogée qu’en 1813.

Le rabbin Isaac Abendana, juif séfarade portugais fut autorisé à venir s’installer en Angleterre en 1662, et qui reçut un poste d’enseignant à Cambridge, là où étudiait un jeune homme, nommé Isaac Newton, alors âgé de 19 ans. En sa compagnie, Isaac Newton étudiera le calendrier juif qui fascinait tant les astronomes de toutes les époques, les sept lois de Noah, et surtout les dimensions, la structure et les secrets du beth hamikdach, dans lesquels il voyait le dévoilement des secrets de toute la création.  Newton était que la doctrine de la Trinité était due à des falsifications tardives. Le Dieu révélé était un seul Dieu, ce qui est conforme au déisme philosophique et au judaïsme.

Newton croyait que la science et la foi étaient inextricablement liées et il a déclaré la direction de la Bibliothèque dans un communiqué, « et que Dieu est l’auteur de deux livres : le livre de la science et le Livre Saint. Ces deux livres sont la clé de la compréhension du monde et de son histoire depuis le début jusqu’à la fin ». Newton croyait que s’il pouvait interpréter correctement les secrets cryptés dans la Bible et d’autres textes sacrés, il atteindrait la vérité et serait en mesure de découvrir l’avenir et de comprendre le passé. Il appartenait à un groupe de penseurs au 17ème siècle surnommé les hébraïsants, qui ont étudié l’Ancien Testament, ainsi que le Talmud et la Kabbale. Il pouvait écrire l’hébreu et le lire suffisamment pour le comprendre, avec l’aide de guides linguistiques.

Newton a introduit la science dans son enquête sur les œuvres religieuses. Il a calculé que la fin du monde aurait lieu en 2060 et croyait pouvoir reconstruire le Temple s’il pouvait retrouver la longueur des aqueducs qui ont apporté de l’eau là-bas.

Source : https://fr.timesofisrael.com/les-documents-disaac-newton-disrael-reconnus-par-lunesco/

Source : https://hassidout.org/isaac-newton-le-pere-de-la-physique-moderne-un-juste-des-nations/

 

    1. Jean-Théophile Desaguliers

Jean-Théophile Desaguliers (1683- 1744) fut avec James Anderson l’un des 17 membres fondateurs de la loge londonienne « Au temple de Salomon ». Sur ces 17 hommes, 14 étaient des huguenots (puritains) exilés. Né à La Rochelle en mars 1683, il est le fils du pasteur Jean Desaguliers. La famille a dû quitter sa Normandie natale et rejoindre "Le Grand Refuge" (1680-1715) d’abord à Guernesey puis à Londres. L’épopée huguenote raconte que le jeune Jean-Théophile Desaguliers fut caché dans un tonneau pour fuir. Devenu ministre de l’Église d’Angleterre puis fondateur d’une école à Islington, le père veille à l’éducation du fils, qui apprend le grec et le latin. En 1710, Jean-Théophile devient diacre et professeur de "philosophie expérimentale". Jean-Théophile Desaguliers  est donc un marrane puritain dans l’Eglise Anglicane. Jean-Théophile Desaguliers est un ami d’Isaac Newton et est aussi un ami de et de James Anderson, qui ont fondé la Grande Loge de Londres en 1717. La cause de sa vie sera la divulgation de la pensée de Newton, le newtonisme. À la même époque, en 1712, il est fait maçon et ne quittera plus l’activité. Newton qui avait lu consciencieusement au moins huit ouvrages sociniens et donc Désaguliers aussi étaient au moins sympathisant du socinianisme. Le socinianisme est un courant chrétien remontant au XVI e siècle et développé par l'Italien Fausto Socin (Fausto Sozzini) qui refuse la doctrine chrétienne de la Trinité, et se présente comme libéral. Le socinianisme aura mis en avant la tolérance et la charité en s'opposant à la persécution religieuse. Les sociniens reconnaissent comme frères chrétiens tous ceux qui s'efforcent de mettre en pratique l'enseignement de Jésus-Christ, quelles que soient par  ailleurs leurs options théologiques. Ils regardent le Nouveau Testament comme seule source de vérité en matière d'éthique, de piété et de doctrine. Les sociniens ont été condamnés par le Vatican, car ils niaient la pluralité des personnes en Dieu, considérant qu'elle était « contraire à la droite raison ». En ceci, ils se rapprochent de l'unitarisme, du déisme philosophique et du judaïsme, qui considèrent que « Dieu est un ». Cela les amenait donc à nier la divinité du Christ.

 Source : https://www.reforme.net/religion/figures-du-protestantisme/2020/03/05/franc-macon-et-protestant-jean-theophile-desaguliers-un-fondateur-de-loge/

 

    1. g. Les marranes juifs sefarades

Menasseh ben Israel avait été baptisé dans son enfance et qu'il avait vécu comme catholique pendant des décennies, il était « juif et avait cru à la loi de Moïse au cours des seize ou dix-sept dernières années. » Il a admis être un converso « judaïsant », l’un des nombreux soi-disant nouveaux chrétiens qui, élevés dans une famille qui plusieurs générations auparavant avait été convertie de force de la foi juive à la foi catholique, ont continué à pratiquer leur tradition ancestrale religieuse en secret. Une fois installés à Vlooienburg, tous les membres de la famille se sont formellement convertis au judaïsme. Père et fils ont été circoncis, et tout le monde prenait des noms juifs. Gaspar Rodrigues Nunes était maintenant Joseph ben Israël, et il a donné à ses fils les noms des fils du Joseph biblique : Manoel est devenu Menasseh, et le fils cadet (dont le nom portugais est inconnu) est devenu Ephraïm. La plupart des Juifs qui ont fondé la première communauté juive à Amsterdam étaient des « marchands portugais », ou des conversos qui avaient vécu en tant que crypto-juifs pendant des générations, et dont les propres histoires familiales étaient ancrées dans l'histoire illustre et tragique des Juifs ibériques. Après la prise de Grenade et la conclusion de la Reconquista en 1492, les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle forcèrent les Juifs de Castille et d'Aragon à se convertir ou à s'exiler.

De son vivant, Menasseh jouissait d'un immense respect bien au-delà des limites de la communauté juive d'Amsterdam, au-delà même des frontières de la Hollande. En fait, il était beaucoup plus apprécié parmi les gentils européens que  des siens. Il était perçu par les non-Juifs comme une autorité instruite et accessible sur les questions judaïques, et ils n'hésitèrent pas à utiliser son expertise. Ils l'ont particulièrement apprécié comme l'exposant juif d'une vision messianique commune, dans laquelle les empires mondains seront balayés par un « Cinquième Royaume » gouverné par un sauveur envoyé par Dieu.  Menasseh n'a certainement pas partagé la vision ses amis chrétiens qui étaient convaincu que la venue du Messie s'accompagnera de la conversion des Juifs. Menasseh a eu l'esprit assez large pour proclamer que la sollicitude providentielle de Dieu est universelle : il y aura une place au paradis pour tous les vertueux.

 Les œuvres de Menasseh regorgent de citations des Écritures hébraïques, du Talmud et de commentaires rabbiniques ; les écrits des premiers pères de l'Église ; traités philosophiques juifs et chrétiens médiévaux ; textes mystiques juifs, y compris la Kabbale ; et d'anciens penseurs païens, tous mobilisés pour soutenir ses idées et réfuter celles de ses adversaires. Les échanges judéo-chrétiens à Amsterdam ont également été facilités par l'arrière-plan ibérique des séfarades d'Amsterdam. En raison de leur éducation chrétienne, les Juifs comme Menasseh se caractérisaient par un sentiment distinct de familiarité avec le monde chrétien qui les entourait. Et il utilisa sa connaissance du christianisme pour adapter sa connaissance juive de manière à la rendre accessible à ceux avec qui il souhaitait collaborer. Enfin, l'occasion pour les théologiens néerlandais d'approfondir les écrits juifs s'est accrue avec l'établissement d'une communauté séfarade à Amsterdam au début du XVIIe siècle. Contrairement aux contemporains, qui n'avaient pas d'accès immédiat aux communautés juives, les hébraïsants hollandais du XVIIe siècle se sont trouvés en mesure de demander l'avis des savants juifs lorsqu'ils se sont heurtés à des difficultés. En outre, ils ont bénéficié du fait que la plupart des séfarades d'Amsterdam étaient d'anciens conversos, éduqués dans un milieu chrétien et donc familiers avec les cultures juive et chrétienne. Sans les Séfarades, qui résidaient à Amsterdam et offraient l'occasion de contacts entre juifs et non juifs, les collaborations entre érudits chrétiens et rabbins comme Menasseh ben Israël aurait été impossible.   Au fil des ans, Menasseh a ajusté ses stratégies de communication et de médiation à la lumière des réactions qu'il a reçues du monde savant chrétien. Après que Menasseh a publié son premier livre latin en 1633, il a expérimenté diverses manières de communiquer et d'interagir avec les érudits chrétiens.

Depuis le haut Moyen Âge, les érudits chrétiens ont manifesté un intérêt croissant pour les langues et les littératures du judaïsme. Au XIIIe siècle, les Dominicains de Catalogne et d'Aragon commencèrent à étudier systématiquement l'hébreu et l'araméen, sous la tutelle de juifs convertis au christianisme. Ce n'est que dans la seconde moitié du XVe siècle que les activités chrétiennes ont commencé à prendre des contours différents. Une nouvelle approche des sources juives a émergé à la fois en raison des intérêts philologiques humanistes dans les trois langues de l'Antiquité (hébreu, grec, latin), ainsi qu'en conjonction avec les modèles épistémologiques de la Renaissance dont le but premier était la récupération d'un éternel, vérité universelle. A Florence à l'époque de Lorenzo de Medici (1449-1492), néo-platoniciens et théosophes, parmi lesquels Giovanni Pico della Mirandola (1463-1494), a découvert l'utilisation de la Kabbale pour l'affirmation des croyances chrétiennes et humanistes. Johannes Reuchlin (1455-1522), qui avait travaillé avec les érudits florentins, a écrit le premier traité kabbalistique chrétien, De verbo mirifico (Le mot miracle). Finalement, les théologiens réformés (calvinistes) devaient jouer un rôle important dans le développement de l'hébraïsme chrétien primitif et ont contribué de manière significative au fait qu'après la floraison de la kabbale chrétienne, les œuvres halakhiques et philosophiques juives ont de nouveau attiré l'attention des érudits chrétiens.  L’hébraïsme chrétien  a atteint son apogée au XVIIe siècle.  La force motrice derrière ce phénomène était la recherche d'une « vérité hébraïque » (hebraica veritas) que les érudits chrétiens espérait restaurer en fouillant dans les écrits et les commentaires juifs. Malgré le fait que ces érudits ont continué à voir les Juifs écrits comme erronés et dangereux, ils les considéraient comme une source appropriée pour une compréhension plus profonde des textes bibliques et pour localiser des points de référence dans un passé commun qui, bien qu'important pour le christianisme, avait été perdu pour la pensée chrétienne au cours de l'histoire et de la « corruption » des Églises chrétiennes. Afin d'atteindre l' hebraica veritas, les chrétiens de toute l'Europe ont étudié l'hébreu et l'araméen, se sont penchés sur le Talmud, les commentaires rabbiniques et les écrits philosophiques juifs du Moyen Âge, se sont occupés des institutions politiques et religieuses de l'ancien Israël, se sont plongés dans l'histoire biblique et approfondi les « rites » et les pratiques du judaïsme. En dehors du contexte commercial, les chrétiens visitaient les synagogues et les juifs visitaient les églises. Menasseh a présenté le judaïsme sous une forme adaptée au monde chrétien.

Cependant, les larges engagements intellectuels de Menasseh l'ont également rendu suspect aux yeux de beaucoup de ses compatriotes juifs d'Amsterdam. Les autres rabbins étaient mécontents de ses efforts œcuméniques et de son attitude conciliante envers les doctrines chrétiennes. N'ayant pas vécu l'expérience converso en Espagne ou au Portugal, certains Juifs comme Saul Levi Morteira  l'un des plus importants rabbins de son temps, ne comprenait guère les difficultés auxquelles les Séfarades d'Amsterdam étaient confrontés pour s'adapter aux exigences d'une vie juive appropriée. Saul Levi Morteira n'avait pas non plus de sympathie et même du mépris pour ceux qui restaient volontairement  en Espagne et au Portugal  et qui refusaient de quitter leur vie confortable dans les « terres de l’idolâtrie. » En Hollande, après la déclaration d'indépendance de 1581, le gouvernement place sous sa protection tous les « marchands portugais » de la province. En 1598, le maire d'Amsterdam leur accorde la possibilité d'acquérir la citoyenneté (Poorterschap). Les communautés juives d'Amsterdam ont connu une croissance rapide. En 1601, Philippe III ouvrit rapidement les frontières de l'Espagne et du Portugal, permettant aux nouveaux chrétiens de fuir, et de nombreuses familles saisirent l'opportunité de se réinstaller en Hollande. Au cours des premières décennies du dix-septième siècle, une crise de gouvernement en Espagne et les expulsions des Morisques (1609- 1614) a déclenché de nouvelles vagues d’émigration. Plus de marchands portugais de toute l'Europe sont arrivés pendant la trêve entre Philippe III et les Pays-Bas (1609-1621). En 1609, Samuel Palache de Fès fonda une seconde communauté juive appelée Neveh Shalom (Oasis de Paix).   Lorsque les premiers Juifs portugais sont arrivés à Amsterdam, il n'y avait aucune communauté dans laquelle ils pourraient s'intégrer et aucune structure en place sur laquelle ils pourraient se rabattre. En conséquence, ils ont continué à vivre selon la culture ibérique et n'ont appris le judaïsme normatif que par la suite auprès de rabbins ottomans ou italiens. Dans l'ensemble, les liens des Juifs séfarades ont maintenus une forte affinité pour la péninsule ibérique, notamment à cause des membres de la famille et des amis qu'ils avaient laissés derrière eux. Plutôt que des apostats revenant au judaïsme, les Séfarades d'Amsterdam étaient pour la plupart des nouveaux venus dans le judaïsme, ou, dans une merveilleuse tournure terminologique, des « nouveaux chrétiens » qui étaient devenus de « nouveaux juifs ». La plupart d'entre eux avaient peu de connaissances en hébreu et beaucoup connaissaient à peine les traditions auxquelles ils prêtaient allégeance. Ces « nouveaux juifs » ont tiré leur connaissance du judaïsme des polémiques chrétiennes anti-juives ou des édits de foi qui dénonçaient le judaïsme et les « pratiques judaïsantes ». Leur compréhension du judaïsme a donc été profondément influencée par le christianisme. Cette compréhension du judaïsme a persisté à Amsterdam. De nombreux « nouveaux juifs » considéraient leur nouvelle religion plus comme une foi qu'un mode de vie et négligeaient le strict respect de la loi rabbinique, comme les rabbins l'ont noté à plusieurs reprises et certains sont rentrés en franc-maçonnerie comme Samuel Jacob Falk dit le « Baal Shem of London » soupçonné par d’autres maçons d’y être un supérieur inconnu. Saul Levi Morteira a régulièrement réprimandé les attitudes détendues des membres de la communauté envers la halakha et dans certains cas, les membres de la communauté sont retournés en Espagne, ont demandé pardon aux autorités de l'Inquisition et sont redevenus chrétiens, tandis que d'autres sont devenus sceptiques ou agnostiques et ont rejeté toutes les formes d’autorité religieuse.

 Source : « Judaïsme pour les chrétiens » de Sina Rauschenbach    

Source : «  Menasseh ben Israel  » de Steven Nadler

Source : Marsha Keith Schuchard. “Falk, Samuel Jacob.” Wouter J. Hanegraaff ed. Dictionary of Gnosis & Western Esotericism (Leiden: Brill, 2006). p. 357.

  1.  
  1.    h. Héritages spirituels templiers

Les premiers francs-maçons, qui choisirent les chevaliers templiers pour ancêtres, voulaient simplement donner à la franc-maçonnerie une allure en harmonie avec leur sensibilité. Ils souhaitaient remplacer le Métier du bâtisseur par l’ordre chevaleresque.

Lors de la prise de Jérusalem le 15 juillet 1099, puis lors du massacre qui s’ensuivit, le Christ n’est pas apparu, le royaume des cieux n’est pas descendu sur terre. Déçus sans doute, la plupart des pèlerins d’un nouveau genre s’en retournent chez eux. Reste sur place une minorité de convaincus, pour des motifs où se mêlent ambition personnelle et quête spirituelle. Peut-être Hugues de Payns, fondateur de l’ordre du Temple, était sûrement de ceux-là.  La chrétienté marchait en attente du second avènement du Christ, toutes classes sociales mêlées, confondues même – dans le fantasme eschatologique, du moins.

Ainsi parle saint Jean dans l’Apocalypse (Ap 19, 11-20). Ce texte biblique fut l’un des plus glosés au Moyen Âge, et le passage que nous venons de citer parut singulièrement apte à rendre compte de la lutte entreprise pour délivrer les Lieux saints de l’emprise de l’infidèle, du Sarrasin sectateur du « Faux Prophète » Mahomet. Ce qui suit, c’est le millénium : le diable enchaîné pour mille ans, le règne des justes, avant que Satan se libère, et que le Christ revenu l’écrase. Toutes les croisades qui suivront la première, et surtout celles des « pauvres gens », comme autant de réitérations de la pulsion première, dans l’espoir, toujours reconduit, de voir advenir la Jérusalem céleste.

Dans les années 1260, un templier de Terre sainte laisse un texte en langue d’oc où se font jour la colère et la douleur : « On fera une mosquée du moûtier [monastère] de sainte Marie, et puisque son Fils, qui devrait en avoir douleur, se plaît au vol, nous sommes bien forcés de nous y complaire aussi. Bien fou celui qui veut lutter contre les Turcs, puisque Jésus-Christ ne leur conteste plus rien. Ils ont vaincu – ils vaincront, cela me pèse – Français et Tartares, Arméniens et Perses. Ils savent que chaque jour ils nous abaisseront, car Dieu dort Qui veillait autrefois, et Mahomet resplendit de puissance et fait resplendir le sultan d’Égypte. Le pape fait grande largesse de pardons [indulgences] aux Français et Provençaux qui l’aideront contre les Allemands [les héritiers de Frédéric II, en Lombardie]. Il nous fait preuve de grande convoitise, car notre Croix ne vaut pas une croix tournoise [monnaie de l’époque], et qui veut, laisse la croisade pour la guerre de Lombardie. Nos légats, je vous le dis pour vérité, vendent Dieu et Son pardon pour de l’argent ». Ce texte est le symptôme d’une profonde démoralisation. On peut faire l’hypothèse qu’elle était partagée par d’autres membres de l’ordre, se sentant abandonnés à leur sort par le pape, mais aussi, ce qui est plus grave, par Dieu lui-même.

Déçus par l’interprétation officielle exotérique du  Christianisme, ceux-ci ont surement cherchés de nouvelles explications dans l’ésotérisme de l’Islam voisin. C’est au XIIème siècle que furent fondées les grandes confréries soufies (les Tarîqa). Des premiers ordres apparaissent alors qui garderont l’appellation de « khirqa primitives » (la khirqa étant le vêtement de piété remis symboliquement par le maître à son disciple). A la fondation de la franc-maçonnerie moderne, au début du XVIIIe siècle, un discours de Ramsay (l’un des fondateurs de la maçonnerie spéculative) porte sur l’institution de l’Ordre maçonnique par les Croisés qui « convinrent de plusieurs signes anciens, des mots symboliques... pour se connaître d’avec les Sarrasins ». Michel Chodkiewicz, ancien directeur des Editions du Seuil converti à l’Islam dès l’âge de vingt ans, suggère qu’il existe des conjonctures, des indices sur le fait que des gens qui vivaient ensemble, soit au Proche Orient à l’époque des croisades, soit en Espagne ou en Sicile, ne se soient pas ignorés complètement. La culture était partagée, culture religieuse bien sûr. Il exista de nombreux contacts individuels entre spiritualistes chrétiens et musulmans qui influença beaucoup la chevalerie occidentale. René Guénon, devenu musulman en 1930 au Caire, et gendre d’un chef local de confrérie, sous le nom de Cheikh Abdelwahid Yahya, montrera dans ses Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage (1934, tome 1) que « les Templiers ont possédé un grand secret de réconciliation entre le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam ». Guénon avait été admis à la loge « Thebah » (GLDF), puis au rite swedenborgien, où devenu Chevalier Kaddosh, il perçut le parallélisme de ce 30e degré avec le personnage du Vieux de la Montagne ismaélien de la secte des "Assasins".

Le frère Bouillet dans Ordo ab Chao (été 1983, N ° 4) a dit : « Dans un délai de neuf ans, neuf chevaliers vont renforcer l’action des moines-soldats de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Une espèce d’intégration entre les acteurs initiaux de l’Ordre des Templiers et tous ceux de nations et de cultures diverses qui vont le rejoindre, va se développer ». Cet événement daté de 1118 rapporte une réunion légendaire des croisés d’Occident et des initiés d’Orient. Au XIXe siècle, quand la Franc-maçonnerie italienne, britannique ou française ouvrira des loges dans l’Empire Ottoman, le personnel politique, les commerçants, les intellectuels, la plupart du temps déjà adhérant à des confréries ou à des corporations, qu’ils soient sunnites ou chiites ne trouveront pas de difficulté à devenir francs-maçons, tant leur appartenance à des structures codifiées et initiatiques, leur sens de la fraternité, leur quête de l’absolu leur paraissaient compatibles avec les idéaux maçonniques. De son côté, Thierry Zarcone (historien Français travaillant au CNRS) avait aussi, dans la publication de sa thèse, rappelé que plusieurs chefs de confréries ottomanes, appelés par le Sultan aux plus hautes responsabilités politiques, appartenaient également à la Franc-maçonnerie turque.

Il y a eu incontestablement contact et sans doute « échange » entre l'Ordre secret des Druzes et les Templiers. Assurément, les Druzes ont pris ce nom à une date relativement récente puisque cette appellation dérive de Darazi qui, vers 1020, mais celui-ci existait avant. Les Druzes seraient-ils les tenants de la longue chaîne initiatique qui, depuis le commencement des temps, se transmettaient la connaissance, celle dont Platon affirmait qu’elle ne peut-être donnée qu’à ceux qui y sont préparés ? Cela ne faisait aucun doute pour l’initié Kamal Joumblatt : « Nous sommes un peuple vieux de 5000 ans et nous détenons certains ouvrages sacrés de l’Ancienne Egypte, notamment l’œuvre secrète d’Hermès Trimégiste, connu chez nous sous le nom de Imhotep. C’est lui qui édifia la première pyramide à Sakharah l’un des premiers centres initiatiques de l’Antiquité. Pythagore s’y rendit, y fut initié et créa l’ordre des Pythagoriciens. L’un des plus mystérieux maillons de cette chaîne fut le roi-prêtre Melchisédech, initiateur d’Abraham. L’un des plus importants fut Jethro, initiateur de Moïse ; il est particulièrement vénéré chez nous. Quand au Christ, son initiateur fut Jean Baptiste ». Les Druzes constituent actuellement l’un des maillons de cette grande chaîne qui peut être aussi la véritable Fraternité Universelle. Ainsi à Sakharah au bord du Nil, dans la Babylone des rives de l’Euphrate, à Qumran sur la Mer Morte, parmi les templiers à Jérusalem, l’initiation n’était qu’une, comme elle est aujourd’hui dans l’Himalaya, dans les Montagnes d’Ecosses, dans les Andes et au Mont-Liban. Ils sont tous adeptes de l’Unité, mais répartis sous d’autres vocables dans d’autres religions ». Cette théorie ressemble à l’instruction maçonnique du second degré, celui de Compagnon, où l’on trouve un des voyages symboliques consistant à étudier et à comparer les grandes doctrines philosophiques, morales et religieuses qui furent transmises à travers les siècles par de grands initiés tels que Hermès Trimégiste, Pythagore, Moïse, Platon, Abraham, Jésus, Confucius... Les différentes couleurs de la symbolique druze nous les trouvons en Franc-maçonnerie au trentième degré : le Chevalier Kaddosch. Ce degré est celui avec lequel s’achève l’initiation maçonnique. Dans son « Voyage en Orient », Gérard de Nerval, a comparé le Cheikh Aql Druze au Chevalier Kaddosch. Le chiffre Trois revêt une importance particulière chez les Francs-maçons : Il représente le Delta ou Triangle qu’on retrouve aussi chez les Druzes. En effet, sur le mur est de la Khalwa (Temple) on retrouve des symboles et des figures qui esquissent un emblème, qui ressemble à un double triangle. Le sommet du triangle supérieur présente toujours un angle très aigu, alors qu’invariablement le sommet du triangle inférieur est presque à angle droit. Si on enlève les deux lignes horizontales, qui ont été peut-être ajoutées au cours des années, on obtient l’emblème maçonnique : le Carré et le Compas.

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Au dessus de ce double triangle, on trouve une figure ovale, qui sans doute symbolise l’œil de Dieu, qu’on retrouve en Franc-maçonnerie « Dieu qui voit tout ». Cette référence au triangle, on la retrouve aussi chez la jeune mariée druze.

Source: « Rencontre avec un Ordre secret, les Druzes » de Bernard, Raymond

 

  1.          i. Le Sionisme

En Angleterre, au XVIIe siècle et, plus particulièrement sous le Commonwealth instauré par Cromwell, les puritains, lecteurs attentifs et assidus de la Bible, guettent les signes des temps avec la plus grande vigilance et les interprètent minutieusement à la lumière des Écritures. Les innombrables ouvrages théologiques et pamphlets politiques, sans compter les sermons et les discours en chaire ou au parlement, qui se multiplient alors s’inscrivent dans un vaste élan apocalyptique qui donne naissance à une floraison de sectes millénaristes qui, toutes, souhaitent ériger au plus vite le royaume des Saints annoncé dans les deux Testaments. Or, venant à la suite des prophètes juifs, l’Apocalypse de Jean ne décrit-elle pas la nouvelle Jérusalem avec ses douze portes sur lesquelles sont écrits les noms «des douze tribus des fils d’Israël»? Leur rassemblement à Sion prélude en effet nécessairement, pour la Synagogue comme pour l’Église, à la Rédemption finale, autrement dit l’arrivée du Messie pour les Juifs, la Parousie pour le monde chrétien. Le Royaume de Dieu ne saurait donc voir le jour, selon les prophéties tant juive que chrétienne, que lorsque toutes ces Tribus se trouveront de nouveau rassemblées à Jérusalem."

L’auteur poursuit en rappelant les termes du chapitre 16 de l’Apocalypse : «L’ange de la sixième coupe reçoit l’ordre de préparer le passage des rois de l’Orient en asséchant l’Euphrate, ce que tous les Interprètes comprennent comme se rapportant à l’appel des Juifs depuis les pays de leur dispersion parmi les Gentils pour regagner leur antique patrie, leur pays natal …» Ainsi s’accompliraient conjointement l’annonce messianique du rassemblement du peuple juif tout entier (Juda et Israël) à Sion et la prédiction évangélique de sa conversion à la foi du Christ. Cette vision de nature syncrétique exprime, en effet, le souhait profond des millénaristes attachés à « la vérité biblique », toute la vérité biblique, de voir se réaliser simultanément les termes des deux Testaments, le triomphe final du christianisme.

Cette imminence de la Rédemption est caractéristique de l’espérance millénariste. De fait, le millénarisme, doctrine militante qui prône le règne des saints aux côtés du Christ pendant le Millénium, est une des faces de l’eschatologie chrétienne qui a le plus enflammé l’esprit des masses comme des théologiens depuis la Réforme, inspirant d’innombrables ouvrages où l’exégèse débouche le plus souvent sur des visions politiques. Il a ainsi joué un rôle déterminant dans l’évolution du puritanisme qu’il a transformé en mouvement ouvertement révolutionnaire. Les protestants, pour qui l’inspiration divine de la Bible en fait la parole de Dieu, inclinent donc à considérer que la Restauration des Juifs doit être prise au sens littéral, et non spirituel ou symbolique, de ces termes. La lecture de Daniel et de l’Apocalypse, menée dans cette même optique, débouche ainsi inévitablement sur une approche historique qui voit dans les conflits avec les Turcs, la papauté et leurs partisans les ultimes soubresauts annonciateurs des Derniers Temps et du triomphe final du peuple de Dieu.

C’est sans aucun doute en Grande-Bretagne que les idées millénaristes, dont les violentes manifestations avaient secoué le continent européen pendant tout le Moyen Âge, connaîtront leur plein épanouissement. Les plus ardents parmi les puritains sont, il est vrai, avant tout préoccupés par l’établissement sur leur sol d’une théocratie calquée sur le modèle biblique, une vision d’une Sion qui était appelée à prendre la place de Rome et réaliser les prophéties bibliques en devenant le cœur d’un royaume de paix et de justice 8. »Le Peuple élu a été précisément préservé dans ce but, convient Thomas Draxe qui déclare, en 1608, dans The World’s Resurrection or the Calling of the Jews. Sa certitude que « l’Appel des Juifs » suivrait aussitôt la chute de l’Antéchrist et l’anéantissement des Turcs.

La Cinquième Monarchie, justement, c’est le royaume éternel des « saints du Très-Haut» qui doit établir sa domination après la chute des quatre Empires successifs auxquels la terre sera soumise. Symbolisés par les quatre bêtes de la vision de Daniel (chapitre 7), ceux-ci représentent, selon la tradition juive, la Babylonie, la Médie, la Grèce et Rome, cette dernière, la plus puissante et la plus tyrannique, étant incarnée par la quatrième bête, la plus terrible avec ses dix cornes. C’est à l’édification du cinquième Empire, le règne du roi Messie, qu’entend œuvrer la secte des Quinto Monarchistes qui, apparue en 1649, prône des méthodes extrémistes. De fait, John Owen, chapelain de Cromwell, ira jusqu’à suggérer que la nouvelle république est un avant-goût du Millénium et à estimer les convulsions révolutionnaires de son temps comme un prélude à la glorieuse Restauration du peuple de Sion. Les Quinto Monarchistes se livreront avec passion à toutes sortes de calculs pour déterminer la date à laquelle s’accompliront les prophéties apocalyptiques.

The World’s Great Restauration apparaît dès lors comme une œuvre d’autant plus révolutionnaire qu’elle lie indissolublement la Rédemption de l’humanité au rétablissement glorieux du peuple juif sur sa Terre et qu’elle ancre cet événement apocalyptique dans l’histoire contemporaine au lieu d’en Une fois Israël restauré est annoncée l’allégeance de tous les monarques du monde. Cette dernière affirmation (voir Isaïe 60 : 3) montre Israël rétabli dans ses fonctions de guide spirituel de l’humanité, image que l’Église présentait traditionnellement du triomphe final de la chrétienté.

Le destin de l’Angleterre se confond avec celui d’Israël. L’illustre humaniste d’origine tchèque Johannes Amos Comenius, surtout réputé comme pédagogue en raison de ses méthodes novatrices et à ce titre appelé en Angleterre en 1641 pour y proposer une réforme du système éducatif. Cet esprit universel déclare dans The Way of Light (Londres, 1642) que l’ère nouvelle sera la seconde ère du Messie, marquée en son prélude par la Restauration des Juifs. En effet, affirme-t-il, lorsque les nations, mues par la Providence, voudront embrasser une nouvelle foi commune. Le culte pratiqué dans ce nouveau pays correspondrait plutôt à une harmonieuse fusion du judaïsme et du christianisme aboutissant à une foi universelle qui ne pourra qu’être basée sur la philosophie pour réunir des fois qui s’opposent. Un vent d’humanisme authentique souffle en permanence sur cette utopie de république modèle.

Le retour actuel des juifs en Palestine n’est que le premiers pas vers leur conversion au christianisme. La domination mondiale du Messie de la religion universelle ne pourra être possible que par l’Apostasie des Nations au Catholicisme et la chute de Rome considéré par les puritains et les juifs comme la quatrième monarchie à abattre.  Les sectes judéo-puritaines à la fois persécutés par les pouvoirs Anglicans et Catholiques, vont donc s’organiser en loges à l’image des confréries Soufis où le secret est de rigueur tel le marranisme juif d’Espagne et du Portugal face à l’inquisition. Ces loges vont essaimer dans l’Europe entière afin de hâter le retour du Messie.

Source : "SION, SOURCE D'ESPÉRANCE ET CLEF DE LA RÉDEMPTION EN ANGLETERRE AU XVIIE SIÈCLE" de Lionel Ifrah

 

   J. Les Sabbataïo-Frankistes

La progression tumultueuse de la kabbale  en Europe a peut-être été, l’un des ponts qui ont ouvert les portes à la libéralisation officielle du judaïsme en Angleterre. L’avènement du retour officiel des Juifs en Angleterre se produit dans la seconde moitié du XVIIe siècle et est préparé par les travaux de certains cercles intellectuels anglais imprégnés d’idées millénaristes.  Ainsi a commencé l'Anglo-judaïsme, et  la naissance de la Royal Society qui sera un centre fondamental pour l’expansion de la nouvelle culture envahi par la kabbale ; par la franc-maçonnerie anglaise.

En 1683, plusieurs centaines de familles juives sabbatéennes se convertirent en masse à l’Islam dans la ville Salonique. Elles constituèrent la base de ceux que les Turcs appelèrent Dunmeh (littéralement : « apostats »). Les membres de cette secte sabbatéenne se présentaient en public comme des musulmans, mais ils demeurèrent toute leur vie crypto-juifs, imitant ainsi Sabbatai Zevi. Cette secte se maintint pendant plus de deux cent cinquante ans. Ils s’attachèrent pour cela extérieurement au monde non racheté de l’Islam mais, intérieurement, ils devinrent les adeptes d’un judaïsme mystique et messianique, qui eut très tôt des composantes orgiaques et anarchiques.  Des rituels orgiaques se sont déroulés de façon constante dans les groupes sabbatéens et dans les cercles des Dunmeh jusque vers 1900. Au XVIIe siècle, on voit en outre apparaître une fête nommée Pourim, qui était célébrée au début du printemps. Son instant suprême consistait en une « extinction des lumières » et en un rite orgiaque d’échange des femmes.

En Pologne, il y a eu aussi une secte sabbatéenne appelés « frankistes ». Ces deux sectes sabbatéennes, qui toutes deux répudièrent la religion juive (les Dunmeh se sont convertis à l’Islam en 1683 et les frankistes au catholicisme en 1759), continuèrent à garder secrète leur identité, longtemps après leur défection de la foi maternelle ; les Dunmeh ont perduré jusqu’à nos jours. Quant aux frankistes, dont l’histoire au cours du XIXe siècle demeure obscure, il est impossible de déterminer à quel moment précis ils se dissolurent finalement dans la société polonaise. On peut donc supposer que, jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, beaucoup de manuscrits et documents originaux furent conservés par ces deux groupes, en particulier par les familles frankistes de Varsovie. Le créateur de la secte des Frankistes fut  Jacob Leibowitsch alias Jacob Frank, juif séfarade (dans le sens élargi voulant dire juif issu de la terre d'islam) issu de l'empire Ottoman.

Moses Dobruska, alias Franz Thomas von Schönfeld, alias Junius Frey qui, en bon frankiste, fut, tout à la fois juif, chrétien, illuminé, kabbaliste, sabbataïste, mais en lutte contre la Loi juive et contre le rite catholique car tous deux trop dogmatisés. La meilleure lutte pour accéder à Dieu serait peut-être de combattre le dogme d’où qu’il vienne, de combattre ces notions de Bien et de Mal développées par le dogme, et la Kabbale et ses différents textes araméens en seraient les meilleurs outils.  Junius Frey, neveux de Jacob Frank et créateur du Jacobinisme, devint le principal inspirateur d'une obédience maçonnique allemande, l'Ordre des Chevaliers de St. Jean l'Evangéliste d'Asie en Europe (ou Frères asiatiques), à laquelle il contribua à donner une orientation kabbalistique.

Les frankistes de Pologne se convertirent au catholicisme, alors que les frankistes de Bohême restèrent dans le giron du judaïsme. La conversion n’est qu’une méthode parmi d’autres pour vénérer la transgression pour atteindre le paradis. Il eu aussi l’union entre la famille de Hesse et des descendants frankistes, il est donc plus facile de comprendre la « légende » des origines juives et frankistes de la famille royale de Grande-Bretagne.

Les frankistes actifs furent certes des adeptes du Chaos, du צמצום, Tsimtsoum pour la rédemption, mais aussi des réactionnaires extrêmes qui idéalisèrent une « haine de soi » assez fantastique. En effet, si nous acceptons la thèse du nihilisme frankiste, il est difficile de nier que bon nombre de leurs descendants se sont retrouvés dans des milieux d’extrême-droite en pratiquant une schizophrénie mystique. Le meilleur exemple en est le fils de Dobruchka-Schönfeld lui-même, dont les descendants deviendront des catholiques intégristes, tout en préservant une origine juive cachée et une activité maçonnique intense, au point de fonder des loges déviantes de la maçonnerie traditionnelle. Ainsi, des familles frankistes polonaises et bohémiennes émigrent aux États-Unis et se retrouvent à soutenir le judaïsme et le christianisme réformés, qui trouvent tous deux une assise idéologique commune en revendiquant la reconstruction du Temple de Salomon, sur la terre d’Israël. Certains descendants de frankistes convertis probables se retrouveront des nazis actifs comme le général von Manstein, de son vrai nom Manstein von Lewinski, ou des SS criminels comme Bieberstein, de son vrai nom Szymanowski, jugé au tribunal de Nuremberg en 1945 pour crimes de guerre. Il se peut que certains frankistes sont restés au sein même du judaïsme en tant que rabbins, intellectuels, notables, afin d’influencer la communauté juive de l’intérieur, pour mieux l’amener vers la transgression libératrice.  Jacob Frank déclara « Le Christ a dit qu’il était venu pour délivrer le monde des griffes de Satan. Moi, je vous dis, je suis venu, pour délivrer le monde de toutes les lois et de tous les commandements. Toute chose doit être détruite pour que le Bon Dieu apparaisse. ». L’Ordre des Frères de Saint-Jean, créé par Schönfeld le frankiste, ne fut pas plus explicite et indique l’engouement des juifs traditionnels pour le sabbataïsme frankiste et l’abolition de la Loi juive. Du côté chrétien, ce retour aux racines juives est une véritable tentative pour casser le dogme de l’Église catholique qui n’a de cesse de séparer juifs et chrétiens pour maintenir les deux dans un État messianique, basé sur l’adoration du dogme. Jacob Frank déclara « je suis verni abolir toutes les lois et les religions et apporter la vie au monde … Ne croyez pas que seuls les juifs doivent être sauvés, à Dieu ne plaise, tout le genre humain doit l’être ». Selon Frank, pour abolir toutes les Lois, on doit arriver à la fin des Temps, lorsque la société sera totalement dépravée. Or, Jacob Frank se propose d’accélérer ce processus. En d’autres termes, il veut appliquer le fameux adage talmudique et kabbalistique : « Pour monter bien haut, il faut d’abord descendre bien bas ». Pour Frank, le « bien bas » veut dire extrêmement bas. C’est-à-dire vers la dépravation, dans une société où ne règnera que le vice. « Je ne suis pas venu pour élever, je suis venu pour tout détruire et rabaisser toutes choses jusqu’à ce que tout soit englouti si profond, qu’il ne puisse descendre plus. La route de l’abîme est terrifiante et effrayante. Même notre frère Jacob en fut effrayé et n’osa pas mettre le pied sur l’échelle céleste. Elle consiste en deux parties convergentes qui se rencontrent au fond, une partie conduisant vers le bas, l’autre vers le haut, et il n’y a pas d’ascension sans descente préalable.  L’idée que le Mal peut être un mal nécessaire, pouvant amener au Bien. Le XVIIIe siècle verra l’apogée de cet engouement avec la pénétration de l’occultisme et de l’utilisation du Mal dans les plus hautes couches de la société chrétienne et trouvera son aboutissement dans la vulgarisation littéraire de Goethe avec Faust, ou la démocratisation des loges maçonniques kabbalistiques qui dévieront vers les loges lucifériennes. En France, notamment avec l’apparition de loges adeptes de Satan et de Lucifer, l’ange de Lumière, ou de groupes satanistes comme celui du frankiste, Paul Rosen que nous reverrons, ou de l’abbé catholique Boulan qui lui, n’hésitera pas à prôner le meurtre rituel.

 Hayyim Samuel Jacob Falk, dit le Baal Chem Tov de Londres, qui participa très certainement à la formation moderne de la franc-maçonnerie anglaise. Si, de tout temps, les Juifs convertis au christianisme ont contribué pour une large part à vulgariser la Kabbale, Falk est celui qui introduisit le sabbataïsme en Angleterre. L’Angleterre est le pays qui fut le plus touché par les réformes, les premières révolutions, l’égalité des droits, un protestantisme puritain qui se proclamait revenir aux sources originelles de la Bible, à tel point que c’est depuis cette époque, que de nombreux Anglais éclairés depuis la guerre des deux-roses blanches et rouges, devenus par la paix des deux roses, rosicruciens, se sentaient descendants des tribus perdues d’Israël, à la recherche de la transformation du plomb en or et du retour à Sion. Toute la classe politique anglaise fut touchée par cet engouement mystique à tort ou à raison : au point de rentrer dans les couches sociales les plus hautes du pays. À ceci, nous pouvons inclure également les sabbataïstes devenus musulmans de l’Empire ottoman, qui rentrent dans la franc-maçonnerie et préparent le terrain à la laïcité turque. Tous les indices prouvent une forte complicité avec le mouvement frankiste et la famille Rothschild (de par la proximité de Francfort et d’Offenbach et des déclarations de Moses von Portheim sur le rôle de Meyer Amschel Rothschild comme trésorier frankiste et maçonnique). Jacob Rothschild qui fut frankiste, alla fonder par la suite les grands établissements bancaires d’Allemagne et d’Europe.

L’engouement des non Juifs pour le mouvement frankiste, ou la maçonnerie plus généralement, s’explique par la croyance selon laquelle le peuple juif, au travers de Jésus, est réellement le peuple de Dieu et qu’il détient en plus, au travers de sa transmission orale dite la Kabbale.

Source : « Jacob Frank le faux messie » de Novak Charles.

Source : « Le Messianisme juif » de Scholem Gershom

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